Journal - les attentats du 13 novembre

Publié le par Simone

Le lendemain des attentats j'avais vraiment envie d'écrire mais LR était chez moi donc je n'ai pas pu, et après l'envie m'est passé.

Le vendredi 13 novembre LR arrivait gare de Lyon un peu avant 23h donc j'étais là bas pour l'accueillir. J'attendais que la voie s'affiche quand j'ai reçu un appel de ma mère. Ça m'a tout de suite inquiété parce qu'elle était partie se coucher quand je suis partie de chez moi. C'est là que j'ai appris qu'il y avait une fusillade à République, et que ma sœur et ma cousine était sortie dans un bar près de là bas. Je me suis inquiétée mais je ne réalisait pas vraiment. Pour moi c'était impossible, même si beaucoup de gens disaient qu'il y aurait un attentat. En plus ma mère était calme, elle m'a dit qu'elle avait eu des nouvelles de ma sœur et qu'elle était enfermée dans le bar.

Quand LR est arrivé j'étais encore au téléphone. Le pauvre, c'était la première fois qu'il venait à Paris. Quand j'ai raccroché je lui ai expliqué la situation et je lui ai dit de prévenir sa mère tout de suite et de lui dire qu'il allait bien et qu'on ne restait pas à Paris. J'ai bien fait. Elle était déjà au courant et elle était très inquiète. Avec les réseaux sociaux et les téléphones portables, la nouvelle a circulé très très vite.

On est rentré chez moi. Pendant le trajet j'ai eu un message de mon père pour me dire que ma sœur et ma cousine étaient en sécurité, mais malgré tout je me sentais mal. Heureusement LR était là pour me serrer dans ses bras. Il n'était pas sensé venir, mais je suis vraiment contente qu'il soit venu finalement !

Le lendemain ma sœur est venue déjeuner à la maison. Elle n'allait pas bien du tout. Elle nous a raconté ce qu'elle avait vécu. Au final elle n'a pas vu grand chose, heureusement. Elle n'était pas dans un bar qui a été attaqué. Elle a juste vu un mouvement de foule. Ma cousine a eu très peur. Ma sœur elle ne réalisait pas. Plus elle racontait ce qui s'était passé, plus j'étais mal. J'ai peu à peu réalisé que c'était une situation de guerre, que des gens était vraiment mort, que c'était des jeunes et que j'en connaissais probablement. Les endroits qui ont été visés sont des endroits que je connais bien. J'y vais rarement mais j'y étais encore l'été dernier avec Ju. Elle nous a dit que ma deuxième sœur aurait dut être au bataclan ce soir là mais que finalement elle avait dut travailler à la place. D'un coup j'ai réalisé qu'en une soirée j'avais failli perdre mes deux sœurs et ma cousine, c'est à dire 3 des 4 personnes qui me sont le plus chères au monde (la 4e étant Ju, qui heureusement est loin dans un petit village bien en sécurité). J'ai commencé à paniquer.

Je suis partie appeler BF, je m'agitais dans tous les sens, j'ai commencé à parler fort et vite, moi qui ai une petite voix calme. Ma mère est venue me faire remarquer que j'avais laissé LR tout seul à table avec toute la famille. Je me suis forcée à rester sur ma chaise jusqu'à ce qu'on puisse partir et je l'ai entrainé dehors. On a marché plus d'une heure. Ça m'a un peu calmée. Il a réussie à me faire à peu près oublier le temps qu'il est resté. Je me suis concentrée sur lui pour laisser passer le choc. Au final on a quand même passé un bon week-end.

Quand il est partie dimanche j'ai eu l'impression de replonger dans l'angoisse. L'ambiance à Paris comme chez moi n'était plus la même. Je n'ai rien vu, rien vécu et pourtant tout à commencer à me paraitre suspect, comme si c'était moi qui venait de me faire attaquer et que j'avais peur que ça recommence.

Le lundi suivant j'étais en stage. Ma maître de stage a parlé des attentats avec les élèves, comme toutes les autres instit de l'école. Elle a répondu à leurs questions et a écouté ce qu'ils avaient à dire. Un des gamins avait amené une bougie donc on l'a allumé et on a fait une minute de silence en même temps que le reste de l'école, à 9h15. L'après midi ils ont lu le numéro spécial d'Astrapi.

Maintenant j'ai un peu de recul, 3 semaines plus tard. J'essaie de relativiser. J'ai pris le TGV une fois donc j'ai un peu moins peur. Par contre je ne suis pas allée au cinéma. Je désespère un peu de voir que cet attentat à autant de conséquence sur nos vies. L'impact économique sera surement important. La plupart des gens n'osent pas sortir, et beaucoup d'évènements ont été annulés. Même si je ne peux que comprendre les réactions des uns et des autres, je regrette que ça se passe comme ça. Je me sens impuissante. Dimanche on verra surement une autre conséquence des attentats, avec le résultats des élections.

Au passage à propos des élections, sur le programme du FN en île de France j'ai vu marqué "manger français dans nos cantines". Déjà ça veut tout et rien dire, mais en plus ce sont les mairies qui se chargent des cantines. J’espère que vous réfléchirez bien avant de voter, quelle que soit le candidat que vous choisirez. Moi je ne peux pas voter malheureusement. Je ne suis pas chez moi dimanche et je n'ai pas eu le temps de faire ma procuration. Mais de toute façon j'ai l'impression que je ne suis pas ces choses là d'assez près pour voter de façon responsable. C'est sérieux ces choses là. Je vous encourage à voter uniquement si vous avez le temps de vous intéresser vraiment à la question ou si vous avez suffisamment de recul pour bien comprendre les enjeux. J'ai vu trop de gens voter pour quelqu’un pour de mauvaise raison (du genre, "lui il a une bonne tête" ou "il a dit ça une fois, c'est bien, mais je n'ai regardé ni son programme, ni celui des autres candidats"... ou encore "il faut bien voter pour quelqu’un"). Je préfère admettre que je ne sais pas, que je n'ai pas toujours le temps de me poser suffisamment de questions et que je me sens trop jeune pour être sûre. Sinon j'ai l'impression de n'être que la proie des manipulateurs d'opinion publique. Bref, je dérive...

J'espère que vous allez tous bien et que vos proches vont bien aussi. Essayez d'oser vivre autant que possible et ne vous laisser pas manipuler trop facilement !

A plus tard!

S.

Publié dans journal, souvenirs

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A
Pourquoi avoir cessé d'écrire ???? Est ce que tout va bien ???<br /> Adeline<br /> journalduneado.over-blog.com
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Chaud le billet...<br /> C'est assez curieux comment des fois on évite de peu la mort. Comme si le destin te réservait autre chose (ta sœur, des gens qui ont eu leur voyage annulé sur avions qui se sont détruits, etc). Certaines personnes ont des pressentiments ou c'est comme si une main invisible te guidait. Ça me fait penser à ton topic sur ton chat qui miaule et ton grand-père qui sentait quelque chose. Dans ma famille c'est un peu pareil, mais moi je n'ai pas ce genre de capacité. Pas comme Oscar, le chat qui pressent la mort... <br /> http://www.lefigaro.fr/sciences/2007/07/28/01008-20070728ARTFIG90815-oscar_le_petit_chat_qui_pressent_la_mort.php<br /> La vie est étrange. J'ai eu une culture scientifique (éducation française) et ça paraît insensé ce genre de faits, les coïncidences jouant beaucoup, beaucoup de mythes ont été détruits par la science.<br /> Quoiqu'il en soit, une des choses à retirer de ce genre de fatalités, c'est qu'il faut profiter de la vie tant qu'on peut comme tu le dis, on ne sait jamais quand notre vie prendra fin.<br /> Mais aussi, éviter d'être en mauvais termes avec ses proches : mourir lorsqu'on n'a pas pu se réconcilier après une dispute avec ses parents ou son amoureux par exemple, c'est vraiment pas terrible. Ça ne laisse pas un dernier bon souvenir. Et je me suis rendu compte que la procrastination est vraiment quelque chose à combattre dans un contexte d'incertitude. Si tu repousses toujours au lendemain tes projets, tu augmente le risque qu'ils ne voient jamais le jour si la mort te frappe sans prévenir.<br /> Et tu as eu raison sur ton billet sur l'enterrement de ta grand-mère, il faut penser positivement. La mort est naturelle et il faut penser à ce que la personne a accompli. Si le défunt a toujours suivi ses valeurs, ses principes, poursuivi ses rêves, s'il a toujours été fidèle à lui-même, alors il faudrait plutôt voir qu'il a eu une belle vie, qu'il en a bien profité et qu'il a fait un beau parcours. Bon je dis ça, mais évidemment que je pleurerais dans une telle situation mais cette vision donne du recul.<br /> Enfin, concernant les élections, pareil. Le rythme imposé par la société nous donne de moins en moins le temps pour réfléchir à ça. D'autant que ça demande un sérieux investissement de suivi d'actualité, notamment politique. En théorie, le 1er tour c'est voter pour le programme qui te correspond le plus, et le second tour c'est le vote par défaut. Mais même comme ça c'est pas facile. :(
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