Journal - Mardi 14 août 2018

Publié le par Simone

Aujourd'hui:

 

Ça fait maintenant 3 ans que j'ai ouvert ce blog, alors que j'étais hôtesse d'accueil pour l'été et que je n'avais pas assez de travail, comme souvent pour ce type de poste en été. 

Depuis je l'ai un peu abandonné. Et me revoilà, 3 ans plus tard, hôtesse pour l'été, encore une fois. Il s'est passé beaucoup de choses en 3 ans, et je suis encore au même endroit. C'est un peu un retour à la case. Mais ça ne me dérange pas. 

Il y a l'excitation de la rentrée qui arrive et de la nouvelle vie qui va arriver avec, encore une fois. Ce sera peut-être la bonne. Même si mes projets précédents ont échoués, je n'ai pas de regrets.

Ça fait maintenant 6 mois que je suis hôtesse et même si ce n'est pas un boulot de rêve, ça m'a fait du bien. J'ai pu voir que j'avais des compétences qui peuvent être appréciées, que ce n'est pas le cas de tout le monde. J'ai vu plein de gens, plein d’événements différents, de lieux, d'ambiances...

Et puis je me rend compte qu'il n'y a pas que la vie professionnelle. J'ai passé tellement de temps à m'inquiéter pour mon avenir et à me demander ce que j'allais faire de cette vie professionnelle, que j'en ai oublié ma vie personnelle. Et c'est bien dommage, parce que de ce côté là j'ai bien de la chance: je suis vraiment bien entourée. Je m'en rend compte maintenant.

 

Bilan des dernières années:

 

Ces dernières années ont été difficiles. Le début de mes problèmes a déjà été raconté sur ce blog mais j'ai envie de faire un bilan complet. fin 2015, j'ai perdu mon grand-père, juste après Noël. Avec ma famille, on a passé une partie du réveillon à l’hôpital. Je l'ai regardé, inconscient, en écoutant ses histoires que je venais d'enregistrer pour lui, en espérant qu'il restait encore suffisamment de lui pour profiter de mon dernier cadeau... Je suppose que je ne saurait jamais vraiment s'il pouvait percevoir quelque chose mais je suis plutôt persuadée que ce n'était pas le cas. Mon copain (LR) a rencontré toute ma famille dans ces circonstances. Enfin pas tout à fait, il avait rencontré mes parents et mes sœurs le lendemain des attentats du 13 novembre. C'était vraiment pas de chance pour lui. 

Après ça je n'étais plus que la moitié de moi même. Je ne savais juste pas comment j'allais continuer ma vie sans mes grand-parents (ma grand-mère étant décédée un an avant). Pour commencer, qui allait continuer à croire en moi, sans s'inquiéter et sans avoir aucune attente particulière ? Qui allait me raconter avec amour et fierté comment j'étais enfant ? Avec qui j'allais parler jusqu'à minuit de mes choix pour l'avenir, de philosophie, d'histoire et d'autres sujets importants ? A qui j'allais parler de mes futurs élèves ? Qui allait me rappeler ce qu'est l'amour et me mettre en garde sur ce que ça n'est pas ? 

Ensuite des questions plus pragmatiques sont apparus: qui allait protéger mes cousines de l'égoïsme de ma Tante ? Qui va faire barrière entre elle et ma mère ? Ces questions sont malheureusement encore d'actualité, même si pour le moment rien de trop grave n'est arrivé. 

Début 2016, ces questions rongeaient mon esprit et se sont petit à petit emparées de ma vie. D’abord j'ai trouvé une réponse à toutes ces questions: "moi". Si mes grand-parents n'étaient plus là alors c'était à moi leur petite fille que revenait la tâche de veiller sur la famille et je devais à tout prix faire en sorte de ne pas oublier ce qu'ils m'ont appris, et de me souvenir de la confiance qu'ils avaient placée en moi. Ce n'était pas la bonne réponse. J'ai commencé à m'inquiéter en permanence pour tout le monde. Chaque jour je vivais dans l'angoisse d'une catastrophe imminente qu'il faudrait que je sois capable de gérer. Mais il fallait aussi que je passe mon concours, pour devenir prof. C'est vite devenue trop dure de me concentrer sur mes cours. J'ai abandonné l'idée de valider mon année de master, puisque de toute façon je n'en avais pas besoin pour réussir mon concours, et j'ai préparer au mieux les épreuves écrites et oral. J'ai eu les écrits sans aucun problème (je les avait déjà eu l'année d'avant). Mais le jour des écrits, l'angoisse que j'avais en permanence ajouté au stress de l'examen ont commencé à être incroyablement difficile à supporter. J'ai fait une crise dans le train. Heureusement, je me suis calmée par je ne sais quel miracle, et j'ai réussi à passer les oraux et à obtenir une note suffisante pour avoir le concours (même si je ne suis pas franchement fière de mon travail...).

L'espace d'un été, les choses ont commencé à aller mieux. Je suis partie visiter les châteaux de la Loire à vélo avec mes amies, puis à Venise avec LR. J'étais fière d'avoir organisé moi même ces deux voyages, et de les faire parce que j'en avait vraiment envie, et non parce que la pression sociale exacerbée par les réseaux sociaux l'impose. Je savais qu'à la rentrée j'allais partir de chez mes parents, et que j'aurais un salaire me permettant de vivre correctement (et peut-être de faire d'autres voyages). A la rentrée, j'ai emménagée dans l'ancien appartement de mes grand-parents avec ma cousine. J'allais pouvoir veiller sur elle pendant qu'elle était loin de sa mère et de son beau père qui me semblait exercer une mauvaise influence sur elle, en projetant sur elle leurs envies et leurs angoisses, comme mes propres parents peuvent parfois le faire.

Mais rien ne s'est passé comme prévu. Les angoisses qui m'avaient quittée pendant l'été sont revenues, intactes. En plus du fait que j'avais un peu négligé ma formation d'enseignante, j'ai vite été beaucoup trop prise par mes problèmes de famille. J'ai vite réalisé qu'on ne peut pas en même temps: devenir adulte, se préoccuper de tout le monde (je ne parle même pas de s'en occuper), gérer les crises, apprendre à devenir prof, prendre confiance en soi et gérer une classe de 22 petits de 3 ans en REP, le tout en ayant pas confiance en soi et en période de deuil. D'autant plus que j'ai du quitter l'appartement de mes grands parents après les vacances de la Toussaint, parce qu'il a été revendu. En attendant de trouver un appartement à Paris j'ai du retourner en banlieue chez les parents, à l'opposé de là où se trouvait mon école. Maintenant que je l'écrit je me demande comment j'ai pu penser une seconde que je devais tout faire toute seule. J'ai fait ce qu'on appelle un burn out, juste après le décès de ma deuxième grand-mère, au mois de janvier 2017.

Ce qui me dérange un peu, c'est que automatiquement, tout le monde a pensé que c'était à cause de l'école, de l’éducation nationale et des conditions de travail. Il est vrai qu'il y a de nombreuses choses à redire sur les conditions de travail des enseignants en France, mais tout ça n'a rien à voir avec ma dépression. Il fallait que ça arrive, c'est tout. 

Après un mois de déni suivi d'une visite fort peu sympathique chez mon inspectrice (qui n'a pas été particulièrement méchante cela dit), je me suis fait arrêter pour le reste de l'année scolaire. 

J'en ai essentiellement profité pour dormir. Au bout de 6 mois j'avais vraiment envie de revenir travailler, même si je n'étais pas du tout sûre d'être prête. On m'a affectée dans une nouvelle école maternelle qui m'a toute suite plus. C'était une petite école avec seulement 3 classes. La directrice était très bien, même si elle était très stricte. Je devais partager ma classe avec elle. Je me suis bien mieux intégrée que dans ma première école. Il faut dire que j'avais un peu plus la tête à ça. Mon ATSEM était vraiment sympa aussi et très gentille.

Malgré tout ça ne s'est pas bien passé. Je n'arrivais pas à gérer ma classe. Ça a très très vite pesé sur l'équipe. A l'heure actuelle je n'ai pas réussi à déterminer pourquoi ça c'est aussi mal passé. Je ne sais pas si ce métier n'est pas fait pour moi, si les conditions de mon école était trop difficiles pour débuter, ou si ce n'était juste pas le bon moment. J'aurais peut être eu intérêt à rester en arrêt quelques mois de plus. Je n'en suis pas sûre. En tout cas j'ai démissionné, au mois de février.

Après ça j'ai pris un mois pour m'en remettre et réfléchir à la suite, et j'ai commencé à faire des missions d'hôtesse en événementiel. Ca m'a beaucoup plu, même si c'est un travail difficile et précaire. J'ai fait des salons, des soirées, j'ai joué la mascotte pour la promotion de restaurant ou pour des événements pour les enfants... J'ai rencontré beaucoup de monde, même si je n'ai gardé aucun contact. J'ai appris que j'avais des qualités professionnelles, j'ai découvert quelles ambiances de travail me plaisent et lesquelles ne me plaisent pas. J'ai pris confiance en moi.

Maintenant c'est l'été, donc il n'y a pas beaucoup d'événements à Paris pour les hôtesses. Je fait donc des remplacements des hôtesses d'accueil en entreprise qui sont en congé. Là encore, je me rend compte que je peux faire du bon travail, et surtout que ce n'est pas le cas de tout le monde. Le milieu de l'hotessariat m’apparaît comme très différent de mon univers. Quand je faisait des salons et des événements, je voyais beaucoup d'étudiant et de personnes qui en transition. Au niveau de l'accueil en entreprise il y a aussi des personnes qui en ont fait leur métier, et pour certains c'est clairement parce qu'il ne savait pas quoi faire d'autre. Ce n'est pas le cas de tout le monde heureusement. J'ai rencontré des personnes très professionnelles qui ont à cœur de faire correctement leur travail, d'autres qui ne se préoccupent que de leurs intérêts personnels et qui ne sont pas sérieux. J'ai du mal avec ceux là. La première chose qui me dérange c'est l'égocentrisme. Ensuite, je me dit que quitte à faire un boulot qu'on n'a pas envie de faire toute la journée, autant essayer de le faire correctement. Au moins ça donne de la valeur à son travail. 

Ensuite, il y a une troisième catégorie de personne: ceux qui ne s'intéresse plus assez à leur travail pour le faire correctement. A force de ne pas être valorisé, de ne pas constater de différence entre les moments où on essaye de bien faire et les moments où on ne fait rien, on finit par lâcher l'affaire. Ceux là je les comprends et j'espère ne jamais en faire partie. Je ne me sens pas particulièrement à labris. Je me dis que pour le moment j'ai suffisamment de ressources, aussi bien personnelles qu'au niveau de mon entourage, pour pouvoir trouver un moyen de changer de boulot si ça m'arrive. Mais qui sait ce que l'avenir me réserve ?

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